Drop de Béton

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Essai transformé

Qui prétend que la jeunesse ne peut persévérer dans l’effort? Loin de déclarer forfait, voilà qu’elle repart à l’assaut: renouveler l’exploit qui illumina la rentrée de septembre, tel est son propos!

Le rugby, vous l’avez compris, occupe toujours la place d’honneur; et l’enthousiasme, apanage de ces jeunes, demeure intact. Il suffit de les observer: ils vivent le rugby, véritables tigres multipliant les passes, bondissant sur la pelouse du stade Robert Brettes avec une ardeur juvénile qu’une pluie fine ne saurait décourager.

Les exercices sont légion, sous l’égide de Drop de béton: le flag rugby-sans contact mais non sans passion!- regorge de ressources: armés de sacs de plaquage, les jeunes s’escriment à réussir des “parcours timés”. Ces exercices ne revêtent pas seulement un nécessaire -certes- aspect technique: unissant cette jeunesse dans la réalité de l’effort collectif, ils portent une nouvelle estocade à l’individualisme ambiant.

Je cède volontiers la parole à l’un de mes élèves : « Premier essai, la pression augmente. Nous avons la balle, j’engage le jeu, je fais une passe, le jeu avance mais un joueur de l’équipe adverse bondit, tel un lion sur une gazelle et retire, non – arrache !- non pas un mais deux flag… balle à nous ; un joueur de mon équipe engage, passe puis repasse encore mais l’équipe adverse nous repousse au milieu du terrain. De plus, une erreur de notre équipe donne une chance à l’adversaire qui met un essai : 2.0

Le moral de l’équipe décline, mais nous redoublons d’efforts. Balle à nous, les passes s’enchaînent, le jeu se construit… ». (Ibo Rosan2pcepc).

Ces lignes, issues d’un essai littéraire-transformé lui aussi- que je demandai à mes élèves dès le lendemain, en cours de Français, attestent de la réalité suivante dont ces jeunes entreprennent de faire mémoire : non, ces jeunes ne baissent pas les armes, le temps est suspendu; leur Graal s’identifie au ballon; ou plutôt, le ballon à conquérir n’est qu’un prétexte ; se surpasser et s’exalter dans l’effort: toute la gestuelle déployée dit cette quête de l’accomplissement de soi. En cette matinée où le froid le dispute à l’humidité, le soleil déchire la grisaille menaçante, comme l’attaquant le rideau de défense. Comme s’il entreprenait, de surcroît de conjurer nos désespoirs d’adulte.

Et pour manifester que l’espérance n’est point seulement au terme de la route.

Mieux: l’espérance, comme une aube exaltante, est notre feuille de route.

Les jeunes, eux, ont compris que l’héroïsme est leur ligne d’horizon.

En les observant, je songe à ces vers de Corneille :

Le comte

Jeune présomptueux !

Don Rodrigue

Parle sans t’émouvoir

Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées

La valeur n’attend point le nombre des années.

Pierre Corneille, Le Cid, Acte II, scène 2, 1636

Louis-Michel RIVIERE

Professeur de Lettres-Histoire